Sens et Histoire du Carême

 

Le Carême  qui s’ouvre avec le Mercredi des Cendres, est la période de 40 jours précédant la fête de Pâques.

Dans la tradition biblique, comme dans la plupart des religions antiques, la cendre est le symbole de l’insignifiance humaine. L’existence de l’homme est précaire : quelle que soit sa grandeur éphémère — réelle ou apparente —, il est vite réduit à l’exiguïté de la cendre ou de la poussière. Dans son marchandage avec Yahvé, au sujet de la destruction de Sodome et Gomorrhe, Abraham prend la précaution de reconnaître son inanité devant Dieu : Face à Dieu, l’homme n’est pas seulement fragile et inconsistant : il est encore et surtout pécheur, c’est-à-dire rebelle à la volonté aimante de son Créateur. Le feu dévorant de la colère divine réduit en cendres l’orgueil humain (Ez 28, 18). La liturgie du mercredi des Cendres rappelle concrètement aux fidèles leur condition de créatures pécheresses 

On ne leur demande pas de se rouler dans la cendre (Jr 6, 26) ou de s’asseoir sur la cendre (Jb 42, 6 ; Jon 3, 6 ; Mt 11, 21), mais d’accepter, en esprit de pénitence et en signe de conversion, d’avoir la tête symboliquement recouverte de cendre (Jdt 4, 11-15 ; 9, 1 ; Ez 27, 30). La coutume est d’imposer les cendres sur le front. Voir Jeûne. Les cendres sont traditionnellement obtenues par la combustion des rameaux bénits.

Source : Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie - Portail de la liturgie catholique

 

 

 

Ce mot de "carême" vient de la contraction du terme latin quadragesima dies, le "quarantième jour". De fait, ce chiffre de 40 est, dans la Bible, symbolique d’un temps de préparation et de rénovation spirituelle pour de nouveaux commencements :

  • après avoir fui l’Égypte sous la conduite de Moïse, les Hébreux restent 40 ans dans le désert, avant d’entrer dans la Terre promise ;
  • Dieu accorde 40 jours aux habitants de Ninive pour se convertir ;
  • Le Christ passe 40 jours dans le désert avant d’entamer ses trois années de vie publique.

 

Histoire

Le carême n’apparaît qu’entre les années 300 et 325. Mais dans les siècles précédents, quelle est la pratique chrétienne ?

Aux 2ème et 3ème siècles, un jeûne de deux jours tient lieu de préparation immédiate à la fête de Pâques. Philosophe romain devenu chrétien, saint Justin, écrit que les candidats au baptême « sont instruits à prier et à implorer de Dieu, en jeûnant, la rémission de tous péchés passés, tandis que nous prions et jeûnons avec eux ». Vers 195, une lettre de saint Irénée, évêque de Lyon en Gaule (France), adressée au pape Victor, révèle que les chrétiens étaient tenus à un jeûne obligatoire les vendredi et samedi saints pour commémorer dans la tristesse le départ de leur Époux, le Christ. Aux pharisiens qui reprochaient à ses disciples de ne pas jeûner, Jésus avait répondu qu’ils jeûneraient le jour où l’Époux leur serait enlevé (Marc 2, 19-20).

À partir du 4e siècle, le carême s'organise autour de la préparation des catéchumènes au baptême. Solidarité chrétienne oblige, on demande alors aux baptisés d'accompagner les catéchumènes en priant, en jeûnant et en participant aux catéchèses sur le Credo. Le carême devient alors pour les chrétiens un temps de renouvellement de leur vie de foi, en puisant à la source vive de la mort et de la résurrection du Christ. Eusèbe, évêque de Césarée, est le premier témoin de l'existence du carême. Il écrit dans son histoire de l'Église : « Avant la fête (de Pâques), pour nous préparer, nous nous exerçons pendant quarante jours en imitant le zèle des saints Moïse et Élie ». Dès ses débuts, le carême a mis l’accent sur la pratique du jeûne, de la prière et des gestes de partage. À l’origine, le jeûne était prépondérant, car l’ascèse physique permettait de progresser dans la vie intérieure. Pour stimuler la pratique du jeûne par les fidèles, on faisait référence aux grands modèles fournis par l’Écriture : le séjour de Jésus au désert durant 40 jours, celui de Moïse sur le Sinaï avant de recevoir la Loi divine, la prédication de Jonas aux gens de Ninive durant 40 jours. Mais c’est surtout le Christ qui apprend à ses disciples à jeûner durant 40 jours. Les effets du jeûne sont bénéfiques. Saint Basile en énumère plusieurs. Il est un remède et une éducation spirituelle; il aide à combattre le mal, il permet de combattre le péché, répare la gourmandise. Mais on ne conçoit pas le jeûne comme une performance. On l’associe en particulier à l’eucharistie. L’un et l’autre sont des remèdes contre le péché, en ce sens qu’ils favorisent un attachement plus étroit au Christ et une disposition plus généreuse à vivre sa vocation de fils et de fille de Dieu. L’un et l’autre ont pour effet de sanctifier la vie du baptisé et de l’engager à faire de sa vie une offrande spirituelle à Dieu. En s’inspirant de l’enseignement de Jésus rapporté dans le Discours sur la montagne, le jeûne ne peut se concevoir sans ses liens avec la prière et les gestes de miséricorde, telle la visite des malades, des prisonniers, l’aide aux pauvres. Ces trois pratiques doivent être perçues comme un entraînement spirituel qui accroît l’attachement au Christ, orientent vers une intimité plus grande avec Dieu et ouvrent l’horizon de sa vie personnel sur le prochain. Elles créent un espace de liberté dans l’environnement matériel où nous vivons. Elles font du carême un temps incomparable pour approfondir les valeurs essentielles de la vie chrétienne.

 

Pendant les 40 jours que dure le Carême (les dimanches ne sont pas comptés), il est proposé aux fidèles de se "convertir", au sens littéral du terme, c’est-à-dire : de "se tourner vers" Dieu et vers autrui. C’est pourquoi ce temps de préparation à la fête de Pâques se fait dans la prière, le jeûne&nbsp et le partage. Le jeûne rappelle que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain : la Parole de Dieu est nourriture pour l’homme. Jeûner, c’est se donner le temps et la disposition d’esprit nécessaire à la prière. Le Christ lui-même a invité ses disciples à jeûner sans ostentation : "Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent (…) Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret." (Matthieu, VI, 16). Dans cette optique de cheminement spirituel vers Pâques, l’Église propose également le sacrement de réconciliation : les paroisses font un effort particulier, au cours du Carême, pour faciliter cette démarche qui peut être vécue individuellement ou au cours d’une célébration communautaire. Le partage est une des dimensions essentielles du Carême. Dans son message à l’occasion du Carême 2003, Jean-Paul II rappelle que " Le Carême est une période de préparation à Pâques, fête de la résurrection du Christ. A ce titre, le Carême est vécu sous le signe de l’espérance, c’est-à-dire de la confiance en Dieu et donc de la joie. Dans son message de Carême 2004, Jean-Paul II rappelle que "durant le Carême, nous nous préparons à revivre le Mystère pascal qui projette une lumière d’espérance sur toute notre existence, même dans ses aspects les plus complexes et les plus douloureux."

 

Mercredi des Cendres

Le Carême s’ouvre avec le Mercredi des Cendres : au cours d’une célébration eucharistique, le prêtre marque le front de chaque fidèle présent d’un peu de cendres, tout en prononçant l’une des deux phrases suivantes : " ou "Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière". Pour comprendre le sens de ce geste, il faut se rappeler le symbolisme attaché à la cendre dans l’Ancien Testament : la cendre représente à la fois le pécheur et la fragilité de l’homme. Se couvrir de cendres, c’est reconnaître sa faiblesse, manifester son regret du péché et signifier son espérance dans la miséricorde de Dieu. Comme le rappelait Jean-Paul II lors de l’une de ses homélies de Mercredi des Cendres, "recevoir les cendres sur le front signifie donc se reconnaître comme créatures, faites de glaise et destinées à la glaise (cf Genèse, III, 19) ; cela signifie dans le même temps se proclamer pécheurs, ayant besoin du pardon de Dieu pour vivre selon l’Évangile (cf Marc, I, 15) ; cela signifie, enfin, raviver l’espérance de la rencontre définitive avec le Christ dans la gloire et dans la paix du Ciel. "